khaled Bel @ObservAlgerie
18/11/2019 11:50

Algérie : La Kabylie Joker de Ahmed Gaid Salah ?

En Algérie, la Kabylie est elle le joker de Ahmed Gaid Salah ? En effet, elle est présentée comme l'ennemi de l'intérieur qui serait l'allié des ennemis extérieurs imaginaires, notamment la France et Israël. Une politique dangereuse qui met en péril tout le pays avant la région en elle-même. Mais que risque l'Algérie en stigmatisant ainsi la Kabylie ? Notre analyse :

Le pouvoir algérien utilise la Kabylie comme Joker à chaque crise. Une ancienne carte qu'il sait manier depuis l'indépendance de l'Algérie. La région est montrée du doigt comme étant l'élément déstabilisateur du pays, qui menace la cohésion nationale. Une cohésion construite sur le modèle jacobin français, faisant du centralisme et de l'unitarisme culturel, linguistique et administratif, le ciment de l'unité nationale. Paradoxalement, c'est cette même Kabylie qui est accusée de manigance avec la France coloniale ainsi qu’Israël, en dépit de sa majeure contribution à la guerre d'indépendance. La défaite politique de ses leaders à l'aube de cette indépendance, l'a engagé dans une lutte acharnée pour ses droits politiques, culturels et linguistiques. Cette lutte est incomprise par le reste des Algériens et la propagande du pouvoir algérien via ses médias publics contribue, depuis un demi-siècle,  à créer un sentiment d'hostilité envers une sorte d'une « entité Kabyle ».

La Kabylie Joker de Ahmed Gaid Salah ?

Cette politique de stigmatisation est à son pic depuis la démission de Abdelaziz Bouteflika. Ahmed Gaid Salah qui l'a achevé politiquement veut se positionner rapidement comme le sauveur de l'Algérie. Le camp progressiste et démocrate pour lequel la Kabylie est majoritairement acquise était le premier à s'opposer à la main mise de l'armée sur les institutions du pays. Ce courant politique est alors vite indexé comme étant le porte-parole de la Kabylie. Un nouveau terme est né : « Les zouaves ». Pour ainsi donner des éléments de langage aux racistes et xénophobes qui s'adonneront à des attaques bien organisées sur les réseaux sociaux . Ce même terme promu par la députée islamiste Naima Salhi est utilisé sur la télévision publique, ce qui a déclenché une vague d'indignation dans tout le pays.

Cette stigmatisation et attaques contre une région et ses symboles se sont généralisées. Les arrestations des porteurs des drapeaux berbères/Amazighs sont opérées partout en Algérie, sauf en Kabylie. Une autre preuve que cette politique est destinée à la consommation populaire et n'a rien de légal.

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Risques de violences et de fractionnement de la société

Tous ces éléments nous rappellent la montée de l'antisémitisme en Europe avant la Deuxième Guerre mondiale. Inutile de rappeler les atrocités qui ont été commises. Les mêmes paradigmes sont couramment utilisés en Algérie. La xénophobie et le racisme phobique  sont décontractés et promus par des personnalités publiques en toute impunité.

Toute approche analogique avec d'autres étapes historiques ayant vu les mêmes processus de propagande, nous mène à craindre un glissement vers des violences physiques, voir des atrocités allant jusqu'à une guerre civile. Cette politique risque de fractionner le pays en deux groupes d'individus dans l'imaginaire collectif : un groupe « dominant dont les intérêts sont menacés » par un « sous-groupe illégitimement  puissant » qui, de son côté, se sent stigmatisé et oppressé.  L'Algérie risque ainsi de se retrouver dans un engrenage dangereux.

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