Droits de l’homme en Algérie: LADDH dresse un tableau noir

Béjaia- Kabylie: Marche des libertés réprimées
Béjaia- Kabylie: Marche des libertés réprimées

La Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) présente un rapport annuel sur l’état des droits de l’homme en Algérie durant l’année 2018. Le rapport établit par Mr. Houari Kaddour Président de la LADDH, ne présage rien de beau.

Dans ce rapport annuel, la ligue algérienne de défense des droits de l’homme dénonce un recul palpable de ces droits confirmés via des conventions ratifiées par l’Algérie. Le Président de la LADDH écrit : « Il y a un recul, y compris pour des textes élaborés dans le passé ».

Indigné, le président estime que :« Le système algérien a voulu entretenir l’illusion d’un changement là où la réalité est marquée par la continuité dans la répression, les violations des libertés publiques et des droits de l’Homme. Les Algériens qui revendiquent le respect de leurs droits aussi bien civils et politiques, qu’économiques, sociaux et culturels font l’objet de répression et d’arrestations».

« Depuis le 10 décembre 2017 jusqu’au 07 décembre 2018, les revendications sociales sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses, et d’importantes manifestations pour réclamer l’amélioration du niveau de vie, ont lieu » a fait remarquer H. Kaddour.

Le droit à la santé :

Le bureau national de la LADDH a dénoncé la faiblesse du système sanitaire en Algérie. Pour le président de la ligue : « cela est dû à l’échec des dispositifs de l’assistance sanitaire et des services publics de proximité pour la prévention et les soins.
Parallèlement, la situation dans les hôpitaux laisse à désirer compte tenu du manque de spécialistes, de moyens logistiques appropriés, du manque de médicaments… Sans évoquer l’augmentation préoccupante des maladies telles que le choléra, la typhoïde, la tuberculose , l’hépatite A, la rougeole … » a-t-il fait remarquer.

Les droits de l’enfant :

LADDH a constaté que la situation de l’enfance s’est dégradée avec notamment la consommation des alcaloïdes, les agressions sexuelles sur les enfants et leur exploitation.
Le bureau national de la LADDH  a d’ailleurs  signalé certains dépassements: Près de 11 mille enfants, âgés entre un et dix-huit ans, ont fait l’objet de violences, d’agressions physiques, d’abus sexuels ou de meurtres, au cours de l’année 2017/2018 .
Ils sont près de 400.000 enfants non scolarisés (en âge d’être scolarisés),en Algérie et environ 200 000 enfants exploités dans le marché noir.  Selon LADDH, 11.000 enfants résident dans les rues, sans domicile fixe et 45 000 enfants sont sans identité connue.

Les droits des personnes handicapées :

La population des personnes handicapées en Algérie est d’environ de 02 millions, répartie en : 284073 handicapés moteurs, 167331 handicapés mentaux, 173362 non voyants, 73937 sourds-muets et 85611 polyhandicapés …
M Houari kaddour  estime que « la société algérienne vit  dans l’ignorance de ses handicapés. Ils sont là mais on ne les voit pas . On ne veut pas les voir. Les personnes handicapées en âge de travailler sont  plus touchées par le chômage que les personnes non handicapées. Ceci est dû à une attitude discriminatoire»

La liberté d’expression :

La liberté d’expression est un droit élémentaire de la vie sociale et culturelle, dans ce contexte, la LADDH regrette qu’on puisse encore assister à « des atteintes aux libertés d’expression à travers l’acharnement judiciaire contre les journalistes. Ce sont les libertés publiques que l’on tente de bâillonner et les droits fondamentaux que l’on veut bafouer. De sérieuses inquiétudes existent quant aux intentions du pouvoir contre les militants des droits de l’homme et contre la démocratie naissante».

Le phénomène de l’immigration :

Le drame de immigration clandestine des Algériens à travers la Méditerranée ne cesse de prendre de l’ampleur. Des centaines, voire des milliers de personnes risquent leur vie, dans l’espoir d’une vie meilleure. Selon le président de LADDH:  ces jeunes « fuient le manque de perspectives d’avenir, l’instabilité, le chômage, la misère».

Les restrictions de la délivrance de visas les contraignent à rechercher des moyens illégaux d’entrer en Europe. Les conditions dans lesquelles ces personnes passent clandestinement d’Afrique en Europe sont effrayantes. Les gardes-côtes de la marine ont enregistré  2402  tentatives avortées du 5 décembre 2017 au 25 novembre 2018.

Par ailleurs, M. Houarik Kaddour, président de la LADDH, est convaincu que « ce phénomène en Méditerranée ne trouvera pas de solution avant qu’un dialogue ouvert avec une coopération économique équitable entre les pays (Nord-Sud).

Une frustration leur est imposée, celle de l’impossibilité de circuler librement, un droit garanti aussi bien par le droit national qu’international et que bafoue une politique migratoire occidentale obsolète, devenue criminogène ».