Aylan Afir
04/10/2019 10:29

L'Algérie perd progressivement sa souveraineté, selon un spécialiste

L'Algérie perd progressivement sa souveraineté. C'est ce que pense maître Nasr Eddine Lezzar, avocat des affaires, spécialiste en arbitrage économique. Il l'a dit ce jeudi dans un entretien au quotidien francophone El Watan, citant deux événements économiques comme sources de cette perte de souveraineté.

Pour Me Lezzar, l'économie algérienne subit deux événements majeurs dans le domaine des hydrocarbures. Deux événements qui font perdre à l'Algérie sa souveraineté, même si c'est de façon progressive. En premier lieu, le rachat par le géant pétrolier français Total des actifs de l'Américain Anadarko en Afrique n'a pas fait réagir le gouvernement comme il fallait. L'ancien ministre de l'Énergie, Mohamed Arkab, a affirmé que l'État algérien allait user de son droit de préemption pour empêcher cette transaction. Mais rien n'a été fait, regrette l'avocat, « en dépit du danger que représente cette opération pour la souveraineté nationale dans un secteur aussi stratégique ».

« L’État algérien a laissé faire et la France, par le biais de Total, fera main basse sur le pétrole et le gaz algériens avec toutes les conséquences qui peuvent découler du fait qu’une entreprise française contrôle à elle seule la majorité des actifs énergétiques de notre pays », clame Nasr Eddine Lezzar.

Position dominante pour Total en Algérie

Le spécialiste pense que l'Algérie aurait dû faire quelque chose pour empêcher au moins la domination par Total de la production pétrolière algérienne. Pour lui, l'Algérie aurait pu ouvrir des négociations avec Anadarko pour une offre de reprise à un meilleur prix que celui proposé par Total. Aussi, les Algériens auraient pu aider les soumissionnaires autres que la compagnie française, quitte à entrer en partenariat avec eux. L'avocat pense également que l'Algérie aurait dû user des leviers de lobbying « pour éviter que Total s’installe en position dominante dans un secteur de souveraineté dont il abusera sûrement ».

De l'avis de l'expert en arbitrage économique, il n'existe pas une volonté politique d'empêcher cette acquisition. « Cependant, le recours aux différents moyens pour faire échec à cette cession dépend d’une volonté politique qui, visiblement, n’existe pas », a-t-il affirmé. Il a ajouté que jusqu'à l'heure actuelle, « l'Algérie n'a opposé aucune résistance ni par le biais de Sonatrach ni par celui d’Alnaft, encore moins par le biais du gouvernement ».

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Alnaft touche à la sécurité économique de l'Algérie

En plus de cette acquisition, Maître Nasr Eddine Lezzar cite un autre événement qui risque de remettre en cause la souveraineté de l'Algérie sur ses hydrocarbures. Il s'agit d'une convention signée par Alnaft (l'Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures) et l'Américain ExxonMobil. Une convention qui porte sur la participation de cette compagnie américaine à l’étude d’évaluation du potentiel en hydrocarbures des bassins du domaine minier du Sahara algérien.

« Elle n’a pas l’air d’une convention de recherches de ressources dans un champ pétrolier », estime Me Lezzar. Il considère plutôt qu'elle est « l’objet d’une évaluation des ressources d’hydrocarbures dans tout le Sahara algérien ». Il s’agit d’informations stratégiques qui touchent à la sécurité économique nationale et à la sécurité nationale au sens large, dit-il avec gravité.

« Cette externalisation est inquiétante, car les informations prospectives dans le secteur des hydrocarbures font partie du secret d'État. Dans ce secteur comme dans d’autres, l’information est le nerf de la guerre économique. Elle est un atout maître et un levier majeur dans les négociations internationales. L’information est un élément cardinal de manipulation entre les mains de celui qui la détient », ajoute Maître Lezzar. Pour lui, il est inquiétant que Alnaft laisse ce levier entre les mains des étrangers.

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