khaled Bel @ObservAlgerie
20/11/2019 13:16

Crise en Algérie : la solution de Gaïd Salah date des années 90

Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'Etat-major de l'ANP et vice-ministre de la défense, a des solutions des années 90 pour la crise de 2019. Il propose des procédés quasi-identiques à ceux élaborés par les faucons suite à l'escalade de violences qui a suivi l'arrêt du processus électoral. Explications :

Des millions de manifestants s'opposaient au cinquième mandat depuis le 22 février 2019. Abdelaziz Bouteflika a été contraint à la démission le 02 avril 2019. Il a été achevé politiquement par le chef d'Etat Major Ahmed Gaid Salah, sous la pression de la rue. Un épisode qui rappelle la démission de Chadli Bendjedid sous la pression des généraux le 11 janvier 1992.

Pour Ahmed Gaïd Salah, la solution pour 2019 est celle de 1995

Ahmed Gaïd Salah essaie, en revanche, d'éviter les erreurs de ses anciens compagnons d'armes de l'époque. Dès qu'il a eu les commandes entre les mains, il insiste sur la légitimité constitutionnelle pour éviter de s'endosser la responsabilité de la crise devant l'opinion internationale. Il refuse également la période de transition qui, dans les années 90, a prolongé la crise. Il veut passer directement à l'étape où l'on a élu le général Liamine Zeroual président de la république algérienne, un certain 16 novembre 1995.

En effet, si l'élection de Liamine Zeroual en 1995 a pu donner aux généraux une légitimité constitutionnelle, celle voulue par Ahmed Gaïd Salah, le 12 décembre 2019, se heurte au rejet populaire. Les manifestants contestent la légitimité de la Constitution en elle-même. Une Constitution élaborée sur mesure par Abdelaziz Bouteflika.

Ahmed Gaïd Salah refuse de toucher à la Constitution. Il pense ainsi ouvrir cette porte fermée par les généraux aux revendications similaires exprimées au lendemain d'octobre 1988. Le chef d'état-major et vice-ministre de la défense veut donc une élection présidentielle similaire à celle de 1995. Il penserait que le scrutin de décembre représente une issue à la crise algérienne.

Ahmed Gaïd Salah se trompe d'époque

Ahmed Gaïd Salah se trompe pour la simple raison que le contexte a radicalement changé. En effet, en 1995, l'élection était perçue comme une lueur d’espoir pour mettre fin à la guerre civile. En 2019, le mouvement contestataire est pacifique. A l'époque, la propagande politique du pouvoir qui s'appuyait sur les médias lourds était efficace. L'époque a changé et le citoyen a accès à l'information grâce aux réseaux sociaux et aux médias électroniques indépendants. Des médias que le pouvoir s'est empressé à censurer à l'instar de Observ'Algérie, inaccessible en Algérie.

Abonnez vous à notre Newsletter

Restez informé(e)

Sur le plan politique, les cinq candidats validés par le Conseil constitutionnel représentent le même schéma que celui de 1995 : Abdelkader Bengrina représente l'islamisme domestiqué. Ali Benflis représente l'opposant mais fils du système. Azeddine Mihoubi représente l'alternative démocratique au FLN. De leur côté, Abdelaziz Belaïd représente la jeune génération de l'indépendance et Abdelmadjid Tebboune est le parfait cacique du système.

Le flop des marches en soutien à Gaïd Salah

Des marches, présentées comme spontanées, ont été organisées dans quelques villes pour "soutenir l'armée". Mais ce sont des manifestations qui n'ont mobilisé que quelques centaines de personnes. Ahmed Gaïd Salah les a d'ailleurs saluées dans son discours d'hier. Il estime aussi que le peuple, à travers sa mobilisation, appuie son armée contre "les intentions de ces parties haineuses que la cohésion du peuple avec son armée dérange tant".

Ce modèle de marches est copié de la période ayant précédé l'élection présidentielle de 1995. Des manifestations en soutien aux élections ont drainé des milliers de personnes. Le peuple voulait une solution politique à la guerre civile et voyait en l'élection présidentielle une issue. La propagande de l'ENTV, chaîne de télévision publique et seule chaîne accessible aux Algériens à l'époque, a pu influencer l'opinion nationale.

En 2019, Ahmed Gaïd Salah se trompe une nouvelle fois d'époque et apporte des solutions qui datent de 25 ans. Il oublie cependant que face à lui, il y a une génération qui crée elle-même l'information et s'organise spontanément via des technologies que même l'ENTV n'arrive pas à maîtriser.

Laisser un commentaire

Voir les commentaires

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.. Lisez notre Politique de confidentialité.

En savoir plus