Issad Rebrab, Abdelaziz Bouteflika et la Kabylie: les dessous d’une histoire tumultueuse

Montage photo: Bouteflika-Rebrab
Montage photo: Bouteflika-Rebrab

ObservAlgerieEntre Abdelaziz Bouteflika et Issad Rebrab, une histoire qui galvanise un passif ancien comme l’indépendance de l’Algérie. Les deux hommes incarnent deux blocs, deux visions et même deux clans qui se manifestent régionalistes mais dans le fond sont purement idéologiques. On les appelle à l’aube de l’indépendance le Clan Ouejda, Baasiste et conservateur, et le clan Tizi Ouzou, progressiste et républicain. Ce dernier n’a jamais pu triompher politiquement.

Issad Rebrab  a pu s’imposer comme la première fortune en Algérie grâce à son empire industriel Cevital, plus grand groupe privé et premier exportateur hors hydrocarbures. Créateur de richesse et défenseur d’une nouvelle vision économique, Issad Rebrab est vite perçu comme une menace par le système incarné par Abdelaziz Bouteflika depuis 1999.

En 2001, en plein printemps noir en Kabylie et après deux ans de règne, le chef de l’Etat confie à son prédécesseur Ahmed Benbella, qu’il ne veut absolument pas de Berlusconi Kabyle en Algérie. Ahmed Benbella se substitue à Abdelaziz Bouteflika et met en garde Issad Rebrab, lors d’une rencontre :« On ne veut pas de Bill Gates ici ». L’homme d’affaire rétorque: « Beaucoup de pays paieraient pour avoir des Bill Gates ».

La lutte entre le clan de Ouejda et celui de Tizi Ouzou, n’a jamais quitté l’esprit de la «génération révolutionnaire». En plein bras-de-fer avec l’ancien ministre de l’industrie Bouchouareb, Issad Rebrab s’est dit saboté pour ses «origines Kabyles».

Remplacer Issad Rebrab par des hommes d’affaires proches du sérail

Créateur de richesses, la vision du PDG de Cevital va à l’encontre de la logique rentière. Cependant, le système de Bouteflika avait toujours besoin de patrons rentiers pour assurer sa pérennité. Si Ali Haddad, lui aussi originaire de Kabylie, joue un rôle primordial en la matière, une autre famille, plus discrète, est à priori destinée à déboulonner Issad Rebrab et concurrencer son groupe Cevital.

Qui sont les frères Kouninef ?

Le groupe KouGC a été fondé dans les années 70 par le père des trois frères Karim, Noah et Réda. Il serait un ami très proche du chef de l’Etat Abdelazize Bouteflika selon des sources se disant très bien informées en expliquant l’ascension fulgurante de ce groupe depuis 1999.

Connu comme un des soutiens financiers indéfectibles des campagnes électorales de Bouteflika depuis 1999 jusqu’au quatrième mandat, le groupe KouGC appartenant à la famille Kouninef est géré par les trois frères Karim, Noah et Réda, dominant les filiales du groupe spécialisé initialement dans la construction, le bâtiment, et les travaux publics, mais présent dans plusieurs autres secteurs à l’image de Téléphonie mobile et l’agroalimentaire.

Le conflit d’intérêts qui serait derrière la confrontation entre Issad Rebrab et les frères Kouninef, seraient les tentatives de ces derniers de se tailler des parts de marché dans l’agroalimentaire, avec deux unités de raffinage d’huile installées au port d’Alger.

Plusieurs observateurs font le lien entre les blocages que subissent les investissements d’Issad Rebrab et les facilitations et avantages accordés à la fratrie des Kouninef.