Loi sur les hydrocarbures : Crédibiliser les parlementaires ou appuyer un candidat à la présidentielle ?

18/10/2019 14:50

Pour les spécialistes en énergie, les économistes, les géopolitiques, les anciens ministres, les chefs de partis et même les parlementaires, il aurait fallu reporter l'adoption de la loi sur les hydrocarbures. Cependant, l’exécutif tient à tout prix à faire adopter cette loi malgré le rejet catégorique de pratiquement tout le monde. Cette insistance de la part du gouvernement serait-elle une stratégie pour crédibiliser les parlementaires, ou appuyer un candidat à la présidentielle de décembre 2019 ?

Le projet de loi relatif aux hydrocarbures a fini par être transmis au parlement. En effet, les députés ont tous reçu, jeudi 17 octobre, une copie de cette loi, qui a fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps en Algérie. Dimanche, lors de la réunion de bureau qui est déjà programmée, le président de l'APN fixera la date pour entamer le débat de ce projet de loi, en plénière. Mais alors pourquoi ce projet de loi tant contesté a quand même été transmis au parlement ? Deux hypothèses sont possibles.

1re hypothèse : appuyer un candidat à la présidentielle

Le chef d’état-major de l’Armée populaire nationale avait apporté son soutien au projet de loi controversé sur les hydrocarbures. Ainsi et selon l’exécutif, la révision du régime juridique des hydrocarbures est devenue un impératif au vu des développements enregistrés dans le domaine énergétique. « Le projet de loi sur les hydrocarbures constitue une véritable plus-value à même de relancer l’économie nationale et donner un nouveau souffle à l’investissement dans les différents secteurs économiques stratégiques », avait déclaré Ahmed Gaïd Salah.

En effet, d’après un observateur en géopolitique : « l’Algérie a remis à jour cet ancien texte de loi, et l’a révisé avec Total, Exxon, ENI et Repsol dans le but d’obtenir un appui politique et économique de la part de ces multinationales de l’énergie afin qu’elles appuient un candidat à la présidentielle de décembre 2019 ». Selon cet expert « cela n'est pas nouveau dans la préparation d'une campagne présidentielle [...]. Un candidat a déjà été favorisé et tout sera misé sur lui ».

2e hypothèse : donner plus de crédibilité aux députés et sénateurs

Il faut dire que depuis le mouvement de contestation populaire de février 2019, le peuple ne fait plus confiance à ses dirigeants et représentants, les députés, en occurrence. D’ailleurs les manifestants ont maintes fois appelé à la dissolution du parlement, parce que les députés de cette huitième législature n’étaient pas élus démocratiquement, vu que pour être en tête de liste les députés devaient payer des centaines de millions.

Ainsi, et avec l’adoption de ce projet de loi, les députés pourraient se racheter auprès du peuple et regagner leur confiance. Cette stratégie politique a été étudiée soigneusement. Quand les députés entameront le débat, ceux de l’ex-alliance présidentielle, à savoir le MPA le FLN et le RND pourront se présenter à l’hémicycle de l’Assemblée populaire nationale, refuser l’adoption de cette loi sur les hydrocarbures, et rejoindre, de ce fait, l’opinion publique et les spécialistes. Si le parlementaire et le citoyen redeviennent amis, il serait alors plus facile pour le parlementaire d'entrer dans le jeu et d'entamer la campagne présidentielle au profit de son candidat. Les députés pourront faire campagne sans appréhender la réaction des citoyens.

Laisser un commentaire