OBS Algérie
20/11/2019 14:30

Les révélations inédites d'un journaliste du groupe médiatique de Ali Haddad (Exclusif)

Les journalistes du quotidien national Le Temps d’Algérie font l’objet de mesures conservatoires de leur direction suite à leur dénonciation publique des « censures et pressions » qu’ils subissent. Observ'Algérie a pu interroger un employé du groupe médiatique appartenant à Ali Haddad. Il témoigne d'un véritable  « calvaire que vivent les journalistes ».

En effet, quatre journalistes ont fait l’objet d’une mesure d’arrêt de travail temporaire. Dans une note signée par le directeur général du groupe média Mouloud Louail, et affichée au siège du journal. Celui-ci informe le rédacteur en chef Saïd Mekla, le chef de la rubrique sport Mohand Amar Abdelkader, ainsi que les deux journalistes Aïssa Moussi et Fella Hamici de leur arrêt de travail temporaire, jusqu’à leur passage devant la commission de discipline du groupe. Cette mesure jugée « abusive et arbitraire » fait suite aux protestations des journalistes de ce quotidien, dénonçant la censure qu’ils subissent ainsi que le « pervertissement » de la ligne éditoriale du Temps d'Algérie.

L’histoire a commencé quand le journaliste politique du quotidien, Aissa Moussi a publié un poste sur sa page Facebook, se démarquant du « pervertissement de la ligne éditoriale du journal », après le recrutement du journaliste Hassen Zerrouk comme directeur de publication. « Par devoir de vérité, d’éthique et de conscience professionnelle, après des semaines d’une intenable situation au sein de notre rédaction, et malgré qu’il ne s'agisse pas de mes propres écrits, je ne peux continuer à rester de marbre », écrit-il sur son mur. Il ajoute que « de ce fait, en tant que journaliste de ce média, je me démarque d’une telle couverture voire même du contenu qui ne reflète aucunement la réalité du terrain. Une honteuse orientation dictée par les nouveaux maîtres du moment au Groupe Média Temps Nouveaux ». Il motive sa démarche par le fait que « Être journaliste, c’est savoir aussi faire preuve d’honnêteté avec soi-même et avec l’opinion en ces moments historiques de la vie de notre pays l'Algérie ».

Le témoignage du journaliste a rencontré un grand élan de solidarité de la part des confrères et consœurs de la corporation sur les réseaux sociaux.

La direction du groupe squatté « illégalement par des imposteurs »

Le Groupe Médias Temps Nouveaux, appartenant à l’homme d’affaire Ali Haddad, actuellement en prison, vit une crise économique ces dernières années. Cette crise profonde s’est accentuée ces derniers mois, depuis l’emprisonnement du propriétaire du groupe. En plus de cela, la publicité étatique a été retirée du journal et les comptes du groupe gelés durant des semaines sur décision de justice. Cette situation chaotique a engendré une grande anarchie dans l’entreprise. C’est dans ce climat tendu et confus que les responsables ont profité pour « s’introniser à la tête du groupe » a confié à Observ'Algérie un employé du groupe.

« Ce sont des gens qui n’ont aucune expérience digne dans le domaine. C’est de véritables imposteurs et manipulateurs. Parmi eux, il y en a qui ne savent pas lire deux phrases correctement, et veulent diriger un groupe de presse », assure-t-il. L’employé de Dzair TV qui souhaite garder l’anonymat de peur de représailles nous raconte dans le détail, il nous explique cette « prise en main forcée de la direction du groupe, par des individus très suspects ».

Abonnez vous à notre Newsletter

Restez informé(e)

Notre source accuse « le directeur actuel, Mouloud Louail, ainsi que sa clique de s'être improvisés représentants des travailleurs du groupe, puis, avec l’aide de la section UGTA de Ben Aknoun, ils se sont fait délivrer un agrément de section syndicale, de manière très douteuse et entachée d’irrégularités. Ainsi, ils ont fait pression pour limoger l’ancien directeur, Abrous Outoudert, promettant monts et merveilles aux travailleurs ».

Deux militaires s’accaparent d'une émission sur Dzair TV

« Le groupe a vécu des situations vraiment rocambolesques et grossières, qui méritent de figurer dans le Guinness de la bêtise. Pour convaincre les employés du groupe, les nouveaux responsables ont eu l’outrecuidance jusqu’à ramener deux types inconnus au siège de la télé, les présentant dans les couloirs du groupe comme étant des militaires gradés, qui se sont portés volontaires pour débloquer les salaires des travailleurs. Ils nous ont demandé de leur fournir nos fiches de paies et nos coordonnées. Le lendemain, l’un des deux « militaires », ayant certainement jetés nos fiches de paies dans la première poubelle qu’il a rencontrée dehors, a pris un créneau à l’écran et commence à présenter une émission religieuse sur Dzair TV, expliquant le Coran et les vertus de la patience. Les employés du groupe sont ahuris de ce qu’ils voient à l’écran ».

Cette situation a poussé un grand nombre d'employés à démissionner. « Tellement dégoutté de cette situation, un de nos collègues, technicien à la télé, a quitté le pays à bord d'une barque, en mode harraga », dit-il avec amertume.

Le même témoin raconte que « La direction reçoit des ordres de ces parties externes au groupe qui ne veulent pas s’identifier. Ces parties qui agissent dans l’obscurité promettent à ces soi-disant représentants du syndicat un retour à la publicité ANEP, mais cinq mois après, il n’y a absolument rien. Ils les mènent en bateau, et les manipulent comme de petits lapins. Les journalistes et les techniciens du groupe ont en vraiment marre de cette situation inédite dans les annales de la presse algérienne. Ils veulent en finir avec cette situation très dégradante pour ce noble métier » déclare-t-il.

Lire également  : Effondrement de l'empire de Ali Haddad : Son groupe médiatique mis en vente

Laisser un commentaire

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.. Lisez notre Politique de confidentialité.

En savoir plus