Soutien à Bouteflika : les Algériens de France interpellent Macron

Photo de personnes tenant le drapeau de l'Algérie, devant une statue place de la République à Paris
© REUTERS/Charles Platiau

Des élus français d’origine algérienne et des représentants de la diaspora algérienne en France ont interpellé, dans une lettre ouverte, le président français Emmanuel Macron sur son soutien affiché au président algérien Abdelaziz Bouteflika.

Les signataires de cette lettre dénoncent le soutien officiel de la France à la décision du président algérien de reporter les élections présidentielles et d’engager une période de transition gérée par le pouvoir.

Le président français s’était exprimé, depuis Djibouti, sur les annonces du président algérien Abdelaziz Bouteflika et a salué sa décision tout en appelant à une transition d’une durée raisonnable. « Le choix de la France de saluer cette décision – sans faire cas de l’environnement juridique algérien – est désormais considéré par la majorité des Algériens comme un soutien de la France au coup de force du pouvoir en place, contre la constitution algérienne et, par conséquent, contre le peuple algérien », ont-ils écrit.

Ils demandent du président français Emmanuel Macron de les recevoir pour une audience ce 19 mars « afin de vous faire part de nos inquiétudes légitimes quant au devenir des relations entre nos deux peuples et nos deux pays et de trouver avec vous les conditions d’un retour à la confiance entre le peuple algérien et la France. La date du 19 mars pour ce rendez-vous serait symboliquement forte », ont-ils précisé

Lettre ouverte

« Monsieur le Président de la République, l’Algérie connait depuis plusieurs semaines, une vague historique de contestation du régime en place. Des millions d’Algériennes et d’Algériens sont sortis dans la rue et défilent pacifiquement depuis le 22 février, dans chaque ville et village, pour exprimer leur volonté de prendre en main leur destin et construire les bases d’une Algérie nouvelle.

Nous, élus de la République et représentants de la société civile, souhaitons fortement attirer votre attention sur la situation actuelle, porteuse de tant d’espoirs et susceptible d’engendrer de grandes désillusions. Le message du peuple algérien est très clair : il ne veut plus que son avenir lui soit confisqué. La merveilleuse et diverse jeunesse algérienne qui s’est déployée depuis plusieurs semaines dans les rues d’Alger, Oran, Annaba, Bejaïa ou Batna et le peuple algérien dans son ensemble, ne laisseront personne leur voler une première victoire conquise pacifiquement, mais avec une détermination exemplaire.

La mobilisation des Algériennes et des Algériens, corporation par corporation, étudiants, lycéens, magistrats, avocats, médecins, travailleurs, y compris du secteur pétrolier, démontre, s’il en était besoin, une maturité politique incroyable. Les Algériens ont pris acte du recul de M. Bouteflika, mais ne se laisseront pas bernés pas une énième ruse du pouvoir.

La « décision » du Président Bouteflika d’interrompre le processus électoral et de prolonger son mandat est, sur le plan de la légalité, une violation flagrante de la constitution algérienne. Le choix de la France de  saluer cette « décision » – sans faire cas de l’environnement juridique algérien – est désormais considérépar la majorité des Algériens comme un soutien  de la France au coup de force du pouvoir en place, contre la constitution algérienne et, par conséquent, contre le peuple algérien. Nous, élus de la République et représentants de la société civile, attachés à l’amitié entre nos deux pays et nos deux peuples, liés au peuple algérien, par des liens familiaux étroits et indéfectibles, regrettons ce quitus, donné si précocement au président algérien, qui fait fi du rejet absolu de ce pouvoir par le peuple algérien.

Nous, élus de la République et représentants de la société civile, affirmons sans équivoque aucune, être aux côtés des Algériennes et des Algériens dans leur lutte pacifique pour l’avènement d’un État de droit.

Monsieur le Président de la République, nous avons l’honneur de solliciter de votre bienveillance, de bien vouloir nous accorder une audience, afin de vous faire part de nos inquiétudes légitimes quant au devenir des relations entre nos deux peuples et nos deux pays et de trouver avec vous les conditions d’un retour à la confiance entre le peuple algérien et la France. La date du 19 mars pour ce rendez-vous serait symboliquement forte. Vous en remerciant, nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en notre très respectueuse considération. »

Premiers signataires

Selima SAADI, conseillère départementale de Moselle, Akli MELLOULI, adjoint au maire de Bonneuil-sur-Marne et conseiller territorial, Abdallah ZEKRI, président de l’association des Mozabites en Europe, Samira BRAHMIA, auteure-compositrice-interprète, Hakim ALLIK, président espace franco-algérien,Nora CHEDDAD, responsable espace franco-berbère de Créteil et présidente du Conseil national des Amazighs de France,Hamid KERMANI, adjoint au maire d’Orly, Nora BOURAZI, pharmacienne, Angelo BELKACEM, espace franco-algérien Bourgogne-Champagne, Hanifa GUERMITI, conseillère territoriale, Karim DJERMANI, architecte dplg, Nadia SALEM, auteure-journaliste, Salah BELARBI, responsable associatif, Djima KETTANE, dirigeante, Sofiane GHOZELANE, adjoint au maire de Pontault-Combault, Saliha GUEDJA, responsable logistique,Nadia BELAALA, chargée de mission, Noël BOUSSAHA, journaliste-rédacteur web,Farida SABRA, militante associative,  Hassan MEBARKI, scénariste et producteur, Saïd CHABANE, gérant de société, Lila BIOT, militante associative, Atmane MAMERI, responsable syndical, Tayeb REGAZ, responsable associatif.