Violences obstétricales :ce calvaire vécu par des femmes enceintes

Observ’Algérie a décidé  de se pencher sur un sujet qui demeure méconnu de la société algérienne: Les violences obstétricales. Choquée de constater que ces violences, morales ou physiques, que certains gynécologues peuvent avoir ne sont pas rares, et que l’Algérie n’est pas une exception, nous avons décider de sensibiliser la société algérienne à un débat d’actualité planétaire portant sur les violences obstétricales.

L’éthique et la déontologie sont quasi inexistantes dans les services de gynécologie obstétrique, ils laissent ainsi place au mépris, dépassements et violences Obstétricales.

Qu’est ce que la violence obstétricale?

Les violences obstétricales désignent tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de santé. Ces faits ne sont pas justifiés médicalement ou alors ils sont généralement effectués sans le consentement libre et éclairé de la femme patiente.  Nous parlons alors, d’une épisiotomie sans consentement de la patiente, de touchers vaginaux abusifs, de plaisanteries mal placées ou propos humiliants et d’absence d’informations et d’explications à la patiente.

Sur Internet, nous avons lancé un appel à témoin, pour toutes celles qui -un jour-  ont été victimes de violences obstétricales. Les femmes à vouloir témoigner ne sont pas aussi nombreuses que celles qui défendent le corps médical algérien, et qui qualifient les médecins de sauveteurs de l’humanité !  Et pourtant, les violences obstétricales sont vécues par de nombreuses femmes.

Celles-ci racontent souvent avoir été mal pris en charge lors de leurs accouchements, elles se plaignent des médecins absents lors des accouchements, des infirmières sans aucune éthique professionnelle et des sages-femmes -Gangster-  qui font la loi dans les hôpitaux . Les patientes, quant-à-elles, ont tendance à tout pardonner et tout effacer dès qu’on leur annonce que le nouveau-né est en bonne santé.

Les internautes s’acharnent contre nous: “Ces professionnelles sauvent chaque instant deux vies , celle de la maman et celle du nouveau-né.Un peu de gratitude quand même”.  “Une femme équilibrée et consciente ne pourra jamais déposer plainte, elle comprendra la situation” ou encore : “Ce moment est tellement ambigu et tellement stressant que tout y est toléré à la fin”. “ Qu’est-ce que vous en savez de ce qui est justifié médicalement ou non ? Vous croyez que les médecins ont le temps de vous rassurer? de vous sourire et de vous expliquer votre cas? le temps est compté pour eux” écrit une autre.

Une nouvelle loi qui sanctionne ces dépassements  :

Le consentement du patient, le droit à l’information, le respect de la personne… Tout ces termes existent dans la nouvelle loi relative à la santé. En effet, dans le troisième chapitre concernant les droits et obligations des patients, l’article 20 dispose que : Toute personne a droit au respect de sa dignité, à la protection à la prévention , aux soins et à l’accompagnement.

Aucune personne ne peut donc faire objet de discrimination dans l’accès à la prévention ou aux soins en raison notamment de son origine, de son âge, de son sexe, de sa situation sociale et familiale, de son état de santé ou de son handicap…”  l’article 22 quant-à- lui dispose que : “Toute personne doit, sauf en cas d’urgence ou d’impossibilité, être informée sur son état de santé, des soins qu’elle nécessite et des risques qu’elle encourt”.

Par ailleurs et dans la section réservée à l’éthique et la déontologie professionnelle, il est clairement dit dans l’article 340  que : “ Dans l’exercice de leurs activités, les professionnels de santé doivent être guidés par des valeurs éthiques notamment les principes du respect de la dignité de la personne, de l’honneur, de l’équité et de l’indépendance professionnelle ainsi que par les règles de déontologie” plus loin dans l’article 347 il est dit que : “Les Conseils nationaux et les Conseils régionaux respectivement, des médecins, des chirurgiens-dentistes et des pharmaciens, sont investis, chacun en ce qui les concerne, du pouvoir disciplinaire et se prononcent sur les violations des règles de déontologie médicale… Les manquements au obligations fixées par la présente loi ainsi  qu’aux règles de déontologie médicale, exposent leurs auteurs à des sanctions disciplinaires”.

Où est passé l’exigence d’un consentement quand une césarienne est pratiquée à vif alors qu’on est censé accoucher par voie basse ? Le respect des patientes n’est-il pas bafoué quand on accouche dans un couloir devant les passants ? n’a-t-on pas le droit de connaître la composition de notre traitement hormonale, et de ses effets secondaires , n’est-il pas là, le droit à l’information ?

Des témoignages qui soulèvent de nombreuses questions

Pour comprendre ce fléau, il faut se pencher sur les témoignages  que nous avons pu recueillir:

A.S: “pour la naissance de mon second enfant, les médecins ne m’ont pas prise au sérieux.   On m’examine rapidement et on décide de me garder. Personne ne me dit que j’allais accoucher ce soir là. Plus tard dans la soiré, la sage-femme qui s’occupait de moi décide d’effectuer un décollement des membranes, sans me prévenir.”  (Le décollement des membranes consiste à glisser un doigt entre le bord du col de l’utérus et la poche des eaux afin de la décoller. Cette intervention vise à déclencher une sécrétion de prostaglandines, les hormones qui déclenchent les contractions et enclenchent l’accouchement.)  C’était une douleur insupportable. Je lui ai demandé plusieurs fois  qu’est-ce qu’elle faisait . je lui ai ordonné d’arrêter.Mais il a fallu que j’en vienne aux mains pour qu’elle cesse. »

N.L: “Je suis allée voir un médecin gynécologue pour un deuxième avis médical sur mes ovaires polykystiques. Il m’a dit que si c’était pour avoir des enfants, je ne devrais pas me hâter car j’ai de magnifiques seins qui risquent de devenir mous et tombants après la grossesse. Je l’ai insulté de tous les noms et j’ai claqué la porte en sortant. Son assistante m’a suivi pour s’excuser en prétextant que c’était juste pour me faire rire.”

S.M : “ j’ai accouché dans un hôpital à Oran. la porte grande ouverte, les passants pouvaient admirer le spectacle de mon accouchement !  Quand j’ai demandé à la sage-femme de fermer la porte, elle m’a dit de me la fermer. Avant de me hurler en pleine figure : “ Et garder aussi les jambes fermés et bien serrés , si tu n’es pas capable de supporter la douleur d’un accouchement”.

I.R: “l’accouchement semblait bien se passer, ce n’était pas mon premier et il n’y avait pas de complications,  quand la sage-femme s’est mise à appuyer brutalement sur mon ventre, j’ai demandé ce qui se passait, et s’il y avait urgence mais personne ne m’a répondu. Le téléphone de l’infirmière a sonné et elle a décroché le plus normalement possible. la sage-femme est montée sur une chaise et a continué d’appuyer sur mon ventre. j’ai eu le droit à de la violence verbale pendant l’accouchement, gestes déplacés et forcés, douleur non prise en compte, actes violents et non expliqués… je savais que ce n’était pas normal mais je n’ai pas eu l’idée d’aller voir le chef de service, ni à déposer une plainte.”

L.A: “ je donne naissance la première semaine du mois  de Ramadan. J’arrive à l’hôpital vers 14h, je suis immédiatement prise en charge. quelques heures plus tard, vers 17h , en phase de pousse, je sens une sensation de coupe. Comme un coup de ciseau. Prise dans l’effort, je continue à pousser. L’accouchement se passe bien, puis vient le moment des soins. et j’apprends qu’on m’a fait une épisiotomie. C’était la première fois que j’entendais ce mot: épisiotomie (une incision du périnée pratiquée lors de l’accouchement pour éviter les déchirures graves).  Je suis hors de moi, rien ne m’a été expliqué avant, ni à moi , ni à mon époux. La sage-femme me répond froidement : «Oui, c’était pour gagner du temps.». On massacre les gens pour gagner du temps pendant le mois de Ramadan! »

H.C:” J’ai eu un champignon ou une sorte d’infection vaginale à l’université. j’étais super gênée de devoir consulter une gynécologue pour ça. je rentre chez le médecin, et je lui explique ce que j’ai. Elle me dit qu’elle n’a plus de gants médicaux. qu’elle ne peut pas me soigner. Je ne vous raconte pas l’humiliation que j’ai ressentie”

D.B: “ J’opte pour une clinique privée ayant d’excellents retours sur Alger. Je m’y rends quelques semaines avant, je m’inscris et je paye une première tranche pour être sûre de ne pas avoir de surprises. Le jour de l’accouchement je dis clairement de ne pas vouloir de césarienne. la question m’a été posé en deux fois et j’ai été clair là-dessus. personne ne m’écoute. j’accouche par césarienne”.