Algérie: les dessous de la visite de Mohammed Ben Salmane

Le prince héritier Saoudien : Mohamed Ben Salmane (MBS)
Le prince héritier Saoudien : Mohamed Ben Salmane (MBS)

Le prince héritier Saoudien, Mohammed Ben Salmane Al Saoud , se rendra en Algérie le 6 décembre prochain. Après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, Mohammed Ben Salmane décide d’enchaîner, tout au long de la semaine, des visites officielles dans six pays arabes ( Émirats arabes unis, Bahreïn, Égypte, Tunisie, Mauritanie et Algérie).

L’assassinat du Journaliste saoudien Jamal Khashoggi avait secoué le monde. L’Algérie s’est abstenue de commenter l’affaire Jamal Khashoggi, malgré le grand bruit que cet assassinat a fait à travers le monde entier.

Cette visite avait fait couler beaucoup d’encre.La presse algérienne, avait écrit que Plusieurs questions vont être abordées, lors de cette visite, notamment le marché des hydrocarbures et le prix de pétrole, ainsi que celui des visas et des autres avantages économiques.

Une visite purement  fraternelle

L’Arabie saoudite, plus grand producteur de pétrole de l’OPEP,  joue un rôle crucial dans la fixation des prix du baril, dont dépend entièrement l’économie algérienne. La visite de Mohamed Ben Selmane (MBS) à Alger pourrait, donc faciliter le dialogue entre les deux pays, notamment sur les questions énergétiques. Sauf que les deux pays n’aborderont aucune question énergétique.

En effet, Le Ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, a déclaré, lors d’une conférence de presse, cette semaine, à l’APN, que la visite du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman (MBS), est  une « visite amicale et fraternelle » qui n’a « aucun lien avec les prix du pétrole sur les marchés internationaux ».

L’Arabie Saoudite, à la recherche d’un médiateur efficace :

Certaines sources diplomatiques ont précisé que : « L’Algérie a beaucoup d’atouts (…) On y gagne plus en l’ayant comme ami que comme ennemi ». Alger entretient des relations avec le président syrien Bachar Al Assad et c’est l’un des rares pays sunnites, à avoir de bonnes relations avec l’Iran. L’Arabie saoudite est en conflit avec Bechar AL Assad, et l’Algérie pourrait être un médiateur efficace entre les deux pays.

L’Arabie Saoudite veut peser sur le conflit Algérie-Maroc

Le prince héritier ne se rendra pas au Maroc, pour cause; les relations entre les deux pays n’ont pas encore repris leur cours normal à cause des relations avec le Qatar.  En effet, Ryad aurait voulu que Rabat  brise ses liens avec Doha.  Riyad, a accusé Doha de soutenir le terrorisme  et d’entretenir des relations avec l’Iran.

L’Egypte, les Emirats arabes unis et le Bahreïn avaient rejoint l’Arabie saoudite dans sa stratégie d’isolement du Qatar. Plutôt que de suivre le mouvement, Mohammed VI a, au contraire, multiplié les voyages à Doha. Et cela a été perçu à Riyad comme un acte de défiance et d’ingratitude, surtout que les Al Saouds aidaient beaucoup le Maroc à payer ses factures d’armement.

Par ailleurs, Les Marocains avait très mal pris le soutien de l’Arabie saoudite pour la candidature des États-Unis, du Canada et du Mexique pour l’organisation du Mondial 2026, alors que leur pays s’était porté candidat pour accueillir cette compétition.

Les Saoudiens avaient donné l’impression de ne pas soutenir financièrement le Maroc alors qu’il en avait besoin.

Réformer l’idéologie islamiste et apporter une nouvelle ère :

Mohammed Ben Salmane développe un discours sur l’islamisme qui est en rupture avec celui des prédécesseurs de son père, le roi Salmane.

L’Algérie a beaucoup souffert du soutien financier, mais surtout idéologique apporté depuis la fin des années 70 par l’Arabie Saoudite aux islamistes extrémistes algériens (FIS, GIA, et autres groupes islamistes armés …).

Mohammed Ben Salmane pourrait être donc cet « envoyé »  qui apaisera les souffrances et apportera une nouvelle ère idéologique aux pays arabes.  Rappelons que le prince héritier, MBS, est derrière toutes ces nouvelles libertés et autorisations accordées aux femmes saoudiennes.

Des partis politiques s’opposent à sa venue : 

Abderazak Mokri, président du Hamas,  s’est opposé à la visite de MBS, en arguant que : «Mohammed Ben Salmane a répondu aux injonctions de Donald Trump, en baissant les prix du baril, tout en sachant que cela nuit aux intérêts de l’Algérie».

Mokri a également évoqué « La mort d’enfants et de civils au Yémen, l’emprisonnement de beaucoup de prédicateurs, de juristes et d’hommes de Culture au Royaumet, dernière en date, l’assassinat « daechien » de Jamal Khashoggi». Avant de poursuivre :«En vérité, accueillir le prince héritier durant cette période n’est favorable ni à l’image de l’Algérie, ni à sa réputation».

De son côté, Le Parti des travailleurs (PT ) a fait part de sa grande indignation suite à l’annonce d’une visite du prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salman (MBS) en Algérie.

Louisa Hanoune a déclaré que «  La visite de MBS est une blague de mauvais goût et une grosse provocation. Nous joignons notre voix à celles des citoyens et journalistes qui disent qu’on ne permettra pas à BMS de souiller notre terre. Nous préviendrons contre cette dérive et cet aventurisme ».

La secrétaire générale du PT avait également déclaré qu’« En plus de l’affaire du journaliste Khashoggi, (…) ce régime obscurantiste et assassin nous a asséné un coup en cassant le consensus au sein de l’Opep sur la baisse de la production de pétrole pour plaire à Trump »

Des activistes Algériens se mobilisent contre la venue du prince héritier

L’annonce de la venue de MBS a suscité une énorme polémique sur les réseaux sociaux. L’homme qui est accusé d’avoir commandité l’assassinat du célèbre journaliste Jamal Khashoggi n’est décidément pas apprécié par les citoyens.

Les appels au boycott lancés par les algériens sur internet, sont massifs. Une pétition a même été lancée pour dire « non à la visite de MBS, au pays des 1.5 millions de martyrs ».

« L’objectif de ce voyage est de s’innocenter de graves faits dont les guerres. Et parce qu’il n’est pas légitime… », Explique clairement cette pétition lancée sur change.org qui commence ainsi à susciter le buzz. Le hashtag #MBSn’estpaslebienvenu a également été lancé sur Twitter.